Les émissions polluantes dues aux crématoriums

Cette publication résume les résultats d’une étude approfondie sur les pollutions engendrées par la crémation, réalisée par Christine DELAHAYE, ingénieur chimiste, à la demande de l’ADOC (Association pour les Droits et Obligations de Crématoriums).

La crémation est un procédé par lequel sous l’action d’une température élevée (800 à 1200 degrés Celsius) et de l’évaporation, les restes humains (constitués de 75% d’eau, 20/25% de calcium et 0/5% de divers (prothèses, bijoux, amalgames dentaires) sont réduits en fragments d’ossements et en cendres.

La combustion du corps et du cercueil génère des poussières et des émanations toxiques (gaz carbonique, oxyde d’azote mercure) à la fois issues, des matières brûlées et du combustible utilisé. Ces poussières et émanations toxiques sont ensuite rebrûlées en chambre post-combustion pour en réduire la teneur dans les fumées rejetées.

LA REGLEMENTATION

Il n’existe pas de réglementation européenne sur ce sujet, et les normes nationales ne prennent pas en compte l’ensemble des  polluants produits.

Actuellement, aucune valeur n’est fixée en France au niveau des rejets dans l’atmosphère pour les métaux lourds comme le mercure ou la présence de dioxines/furannes.

Le seul texte de référence en vigueur est le Décret N° 98-209 du 18 décembre 1998 modifiant le 94-1117 du 20 décembre 1994 relatif aux prescriptions applicables aux crématoriums, lui-même complété par l’arrêté du 29 décembre 1994 relatif aux quantités maximales de polluants contenus dans les gaz rejetés à l’atmosphère.

L’arrêté du 29 décembre 1994 prévoit dans son article 2 – « les quantités maximales de polluants contenus dans les gaz rejetés à l’atmosphère » –  les valeurs réglementaires suivantes :

  • Poussières : 100 mg /Nm3
  • Monoxyde de Carbone (CO) : 100 mg /Nm3
  • Composés Organiques Volatils (COV) : 20 mgC /Nm3 (exprimés en carbone total)
  • Oxydes d’azote (NOx) : 700 mg /Nm3
  • Acide Chlorhydrique (HCl) : 100 mg /Nm3
  • Dioxyde de Soufre (SO2) : 200 mg /Nm3 (exprimé en équivalent dioxyde d’azote)

 

LES PRINCIPAUX POLLUANTS MIS EN CAUSE

Aujourd’hui, si l’on prend un four neuf, les éléments rejetés dans l’atmosphère sont essentiellement des CO dus à la combustion de l’oxygène dans la chambre principale et de post combustion du four de crémation.

En fait, il ne s’agit pas de la machine, mais du contenu qui est mis dedans, qui engendre les pollutions.

Il est donc intéressant de connaître la composition exacte des polluants en comparaison avec d’autres pollutions existantes, produites par l’activité humaine comme le chauffage domestique, le transport (automobile, aérienne) ou l’activité industrielle.

1. Le Mercure :

Il y a quelques années, le Français moyen, au moment de sa mort avait plus de 7 « plombages » (amalgames au mercure) dans la bouche. Il semble que ce chiffre soit en augmentation. En effet, les générations qui arrivent à l’âge de mourir en ce début du XXIè siècle ont mieux soigné leurs dents que les générations précédentes.

Nous devons donc nous interroger sur le devenir du mercure dentaire lors d’une crémation.

a) Inventaire des émissions de mercure en France

Source : CITEPA / CORALIE format SECTEN – mise à jour 28 février 2008

Période d’observation : depuis 1990

Emissions Evolutions
Emissions en 2006 : 7,9 t Evolution 2006 / 1990 : -71 %
Maximum observé : 27,5 t en 1991 Evolution 2006 / maximum : -71 %
Minimum observé : 7,9 t en 2006 Evolution 2006 / minimum : 0 %

En 2006, les émissions de mercure en France représentent 7,9 t. L’ensemble des crématoriums français rejette environ 230 kg de mercure par an, soit 3% des rejets nationaux répartis sur plus de 130 sites.

b) Répartition des émissions de mercure issues de la crémation

Statistiquement nous avons 3 grammes d’amalgame dans nos dents. Cela représente un dégagement de 1,5 g de mercure par crémation.

Nous avons estimé que les émissions canalisées (envoyées à l’atmosphère par la cheminée) de mercure sont d’environ 0.5 g et les émissions diffuses d’environ 1 g (sur la base d’une étude réalisée dans un crématorium de Zurich).

Une évaluation des risques sanitaires liés aux émissions canalisées du parc français de crématorium a été réalisée en 2006 (rapport final de février 06) à la demande des services de l’Etat et en particulier de la Direction Générale de la Santé.

Dans ce rapport figurent les résultats des mesures réalisées sur 10 crématoriums non équipés de système de dépollution des rejets gazeux. Le mercure (phase liquide et gazeuse) a été mesuré 20 fois.

La concentration dans les émissions canalisées varie de 1 à 476 micro grammes/Nm3 humide, avec une moyenne géométrique de 17.8 micro grammes/Nm3 humide. Ces valeurs sont donc en général supérieures à 0.2 micro grammes/Nm3.

2. Les dioxines :

Du fait de leur lipophilie, elles se concentrent essentiellement dans la masse graisseuse des animaux. On la retrouve ainsi tout le long de la chaîne alimentaire. La voie alimentaire est sa principale voie d’exposition aux dioxines. Il a en outre été noté une tendance à la bioaccumulation de la dioxine, l’homme étant à la fin de la chaîne alimentaire, il encourt le plus de risque d’avoir une concentration élevée de dioxine dans le corps.

Les dioxines sont des résidus essentiellement formés lorsque les trois conditions suivantes sont réunies :

  • Hautes températures (supérieures à 350°C) et/ou combustion incomplète,
  • Présence d’acide sulfurique organique,
  • Présence de chlore. 

a) Inventaire des émissions de dioxines et furannes en France

Source : CITEPA / CORALIE format SECTEN – mise à jour 28 février 2008

Période d’observation : depuis 1990

Emissions Evolutions
Emissions en 2006 : 127 g ITEQ Evolution 2006 / 1990 : -93 %
Maximum observé : 1 894 g ITEQ en 1993 Evolution 2006 / maximum : -93 %
Minimum observé : 127 g ITEQ en 2006 Evolution 2006 / minimum : 0 %

En 2006, les émissions de dioxines et furannes (PCDD-F) représentent 127 g ITEQ (équivalent toxique international). Depuis 1990, ces émissions sont en très forte baisse (-93% soit -1 636 g ITEQ). Cette diminution est observée dans l’ensemble des secteurs, en particulier grâce aux progrès réalisés dans les domaines de l’incinération des déchets et de la sidérurgie.

Sur la base d’environ 140 000 crémations en 2007, les émissions estimées de dioxines sont d’environ 0.728 grammes/an soit 0.5 % des émissions totales de dioxines (par rapport à inventaire de 2006).

b) Emissions canalisées de dioxines issues de la crémation

Une évaluation des risques sanitaires liés aux émissions canalisées du parc français de crématoriums a été réalisée en 2006 (rapport final de février 06) à la demande des services de l’Etat et en particulier de la Direction Générale de la Santé.

Dans ce rapport figurent les résultats des mesures réalisées sur 10 crématoriums non équipés de système de dépollution des rejets gazeux. Les dioxines ont été mesurées 100 fois.

La concentration en dioxine dans les émissions canalisées varie de 2,1 10-8 à 1.6 10-6 mgrammes/Nm3 humide. 40% des résultats sont au dessus de la VLE (valeur limite d’émission) pour les dioxines en sortie de cheminées des usines d’incinération d’ordures ménagères (VLEUIOM = 1 10-7 mgrammes/Nm3).

3. Les Poussières :

Les poussières sont issues de la combustion du cercueil du corps et des vêtements. Pour optimiser la combustion, des ventilateurs forcent la circulation d’air dans le four et génèrent de fortes turbulences qui lèvent les cendres et génèrent ainsi des poussières.

a) Inventaire des émissions de poussières en France

Source : CITEPA / CORALIE / format SECTEN mise à jour 28 février 2008.

Les émissions sont exprimées  Particules totales en suspension (TSP) en kilotonnes mais également, en fractions granulométriques : PM10 (particules fines de diamètres aérodynamiques équivalents inférieurs  < 10 μm), PM2.5 (diamètre < 2.5 μm) et PM1.0 (diamètre < 1.0 μm).

Emissions particules totales en suspension

Période d’observation : depuis 1990

Emissions en 2006 : 1 156 kt

Maximum observé : 1 468 kt en 1991

Minimum observé : 1 156 kt en 2006

Evolutions

Evolution 2006 / 1990 : -18 %

Evolution 2006 / maximum : -21 %

Evolution 2006 / minimum : 0 %

Source : CITEPA / CORALIE format SECTEN – décembre 2001

Dans cette étude, le CITEPA a déterminé que le secteur du traitement et de l’élimination des déchets représente une contribution totale de 3% des émissions nationales de TSP et que de ces 3% la crémation représente 0.02% des rejets, soit pour l’année 2000 une émission pour la crémation de 12 tonnes.

Ces rejets sont constitués à 90% de PM10.

Pour 2007, le nombre de crémations est d’environ 140000, ce qui représente une émissions de TSP d’environ 18 tonnes, soit environ 1.6 % des rejets totaux de TSP (par rapport à l’inventaire de 2006).

b) Emissions canalisées de poussières issues de la crémation

L’évaluation des risques sanitaires liés aux émissions canalisées du parc français de crématoriums a été réalisée en 2006 (rapport final de février 06) à la demande des services de l’Etat et en particulier de la Direction Générale de la Santé.

Dans ce rapport figurent les résultats des mesures réalisées sur 10 crématoriums non équipés de système de dépollution des rejets gazeux. Les poussières (PM 10) ont été mesurées 8 fois.

La concentration en poussières dans les émissions canalisées varie de 7 à 29  mgrammes/Nm3 humide. 100% des résultats sont en dessous de la VLE (valeur limite d’émission) fixée pour les crématoriums (VLE = 100 mgrammes/Nm3).

4. Autres polluants : COV, SOx, NOx

L’évaluation des risques sanitaires liés aux émissions canalisées du parc français de crématoriums a été réalisée en 2006 (rapport final de février 06) à la demande des services de l’Etat et en particulier de la Direction Générale de la Santé.

– L’acide chlorhydrique  (HCl) a été mesuré 24 fois. La concentration dans les émissions canalisées varie de 0.2 à 9.8 mgrammes/Nm3 humide, avec une moyenne géométrique de 5.8 mgrammes/Nm3 humide. 100% des résultats sont en dessous de la VLE (valeur limite d’émission) fixée pour les crématoriums (VLE = 100 mgrammes/Nm3).

– Les oxydes de soufre (SO2) ont été mesurés 26 fois. La concentration dans les émissions canalisées varie de 0.2 à 93.9 mgrammes/Nm3 humide, avec une moyenne géométrique de 15.5 mgrammes/Nm3 humide. 100% des résultats sont en dessous de la VLE (valeur limite d’émission) fixée pour les crématoriums (VLE = 200 mgrammes/Nm3).

– Les oxydes d’azote (Nox) ont été mesurés 34 fois. La concentration dans les émissions canalisées varie de 55.9 à 184 mgrammes/Nm3 humide, avec une moyenne géométrique de 102 mgrammes/Nm3 humide. 100% des résultats sont en dessous de la VLE (valeur limite d’émission) fixée pour les crématoriums (VLE = 700 mgrammes/Nm3).

– Les Composés Organiques Volatils (COV) ont été mesurés 25 fois. La concentration dans les émissions canalisées varie de 0.3 à 14.4 mgrammes/Nm3 humide, avec une moyenne géométrique de 2.96 mgrammes/Nm3 humide. 100% des résultats sont en dessous de la VLE (valeur limite d’émission) fixée pour les crématoriums (VLE = 20 mgrammes/Nm3).

CONCLUSION

Nous rappelons le niveau des émissions des crématoriums au niveau national pour les principaux polluants dans le tableau suivant :

  Crématorium Total France(inventaire CITEPA) % du à la crémation
Poussières 18 tonnes 1156 tonnes 1.6
Dioxine 0.728 g 127 g 0.5
Mercure 230 à 250 kg 7900 kg 3

Une évaluation des risques sanitaires liés aux émissions canalisées du parc français de crématoriums a été réalisée en 2006 (rapport final de février 06) à la demande des services de l’Etat et en particulier de la Direction Générale de la Santé.

Selon cette étude d’évaluation des risques de 2006, les concentrations dans l’air et les retombées atmosphériques des polluants émis par les crématoriums sont trop faibles pour conduire à l’apparition d’effets toxiques chroniques non cancérigènes et n’ont pas d’impact significatif en terme de cancers en France.

Toutefois, une évolution de la réglementation est en cours d’étude et devrait dans les prochains mois renforcer les contraintes sur les rejets polluants des crématoriums. Un certain nombre de crématoriums, les plus importants, devraient être amenés à mettre en place des systèmes de dépollution des émissions canalisées gazeuses.

Pour en savoir plus sur cet article, contacter Christine Delahaye :

Téléphone : 01 48 77 78 90

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